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 (toby) let it all go.

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rooster


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MessageSujet: (toby) let it all go.   Dim 28 Mai 2017 - 23:39

C'est l'heure. Daisy, elle le sent au plus profond de ses tripes qui la démangent, elle le sent dans ses veines qui crament du brûlant des impulsions les plus absolues, elle l'éprouve au creux de son palpitant qui cogne dans sa poitrine et au sifflant de sa respiration abrupte, hachurée, consciente que quelque chose est en train de se produire à l'intérieur. Comme un signal fort envoyé par tous ses organes auquel elle n'a pas d'autres choix que celui de s'y plier. C'est l'heure, voilà tout. Il est exactement 06h02 du matin lorsque Daisy s'éveille, déjà fébrile malgré une nuit trop courte. Souplement, elle s'extirpe d'entre ses draps, se saisit de son sac à dos et dévale la distance la séparant du sol pour venir planter sa silhouette de roseau devant les couchettes de ses amis qu'elle détaille de ses prunelles conquises. Ryder est assoupi. Il dort du sommeil des justes, les traits détendus à la pureté ineffable, beau comme un tableau romantique et Dee n'a pas la force de le réveiller pour ternir son visage de l'ombre de la mort. Et puis, au-dessus, repose Toby. Toby qui s'agite, Toby qui remue doucement pour ne réveiller personne, Tobs au sommeil léger, capricieux, aussi nerveux que lui. Il est réveillé, déjà, et un poids s'envole loin de ses épaules devant ce constat. Daisy, elle ne sera pas seule et c'est tout ce qui compte, elle qui aurait déjà trébuché dix fois, cent fois, sans leur soutien constant, sans leurs doigts autour des siens, leurs voix pour couvrir les autres moins amicales et leurs sourires pour venir se ficher dans son coeur tout mou. "Tobs ?" chuchote-t-elle en grimpant à sa rencontre sans oser se glisser entre ses draps, dans un geste qui lui aurait seulement paru naturel, avant. Avant sa peau contre la sienne, avant ses mains et ses reins, ses lèvres et les siennes dans un langage profond pourtant si éloigné des mots. D'une main délicate, Dee secoue précautionneusement son épaule et soupire de contentement en croisant son regard vif, à l'acuité pénétrante : il est réveillé. Depuis longtemps. "Il faut que je le fasse. Maintenant." Daisy, elle supplie de ses prunelles torturées, de son visage brouillé trop peu habitué à porter le masque de tout ce qui le chagrine. Elle, c'est celle qui prétend. Tout le temps. Elle avance rarement l'âme à vif, à découvert, prête à recevoir les coups qui s'y imprimeraient bien trop durement. Dee, elle préfère la tiédeur de l'hypocrisie qu'elle n'assume pourtant pas, elle préfère le masque des apparences et les sourires qui sonnent parfois creux. Elle préfère à la souffrance la désinvolture, aux sentiments brûlants les passions éphémères. Mais il y a des matins où c'est trop lourd et celui-ci en fait partie. Sans un mot, elle s'écarte et rejoint le sol, l'attendant comme elle attendrait le messie, rivant sur l'échelle des prunelles enflammées où luit l'espoir, ce sale espoir.
Il est là, Tobs, et il sait. Il décrypte sans une explication la raison de ses traits crispés, de ses yeux cernés, il devine sans doute le poids du sac à dos qui cisaille ses épaules, pourtant léger. Mais ce n'est pas seulement des cendres, qu'il contient. C'est des années de regrets, de souffrance silencieuse, de délitement, d'incompréhension, de frustration, de peine, de douleur, de colère. C'est une relation inachevée, belle, lumineuse, devenue ombre et ténèbres depuis qu'il faisait tout le temps nuit sur lui. Mais Toby, il sait tout ça parce qu'il a était là, à chaque moment, à chaque journée de chaque année. Il a écouté ses doutes, chassé ses larmes et ses idées noires, il a embrassé son front, caressé ses cheveux et s'est fait parfois dur, sombre, pour mieux lui faire entendre raison. Alors Dee, elle attrape sa main et la serre entre ses doigts fébriles jusqu'à s'en blanchir les jointures. Elle a besoin de ce contact comme d'un carburant pour franchir les pas qui les éloignent du bus, pour atteindre la mer avant que l'aube ne se lève. Daisy, elle sait. Elle a vérifié, une fois arrivée, c'est peut-être même la première chose qu'elle a faite, sous une excuse, un faux prétexte. Le soleil se lève à 6h21, ici, pile face à la mer comme dans une scène de bouquin. Ou dans un film où les héros s'avouent combien ils s'aiment, baignés par la glorieuse lumière de l'astre céleste. Elle, elle n'en demande pas autant. Elle veut juste la chaleur sur sa peau pour chasser le froid qui glaçait les os de papa en permanence. Elle aimerait seulement la lueur la plus lumineuse, la plus pure, pour vaincre les ténèbres qui l'ont dévoré. Papa, elle ne savait pas trop où le laisser sans sentir son palpitant se déchirer dans sa poitrine. Elle, elle aurait aimé une tombe matérialisée, un endroit où se recueillir et puis pleurer, où raconter ses journées et arroser de jolies fleurs colorées. Mais papa, il ne voulait pas lui causer de soucis. Il ne voulait plus causer de soucis. A personne. Entre ses excuses maladroites, il a seulement demandé à être dispersé dans un endroit plein d'espoir, un endroit capable de chatouiller même le plus endormi des optimismes. Daisy, elle ne savait pas très bien quoi faire, comment l'accomplir mais finalement, ça l'a frappée ce matin : papa, il mérite de tout voir. Il mérite de se mêler à la nature, partout où elle est. Alors papa, il hantera un peu tous les paysages qu'elle croisera, ces six prochains mois. Voilà. Dee, elle ne sait pas comment procéder. Elle est là, au bord de mer, Toby à ses côtés, en silence. Et elle aimerait que ça soit comme dans un film, simple et émouvant à en chialer. "J'ai peur de pas y arriver..." C'est un aveu guttural qui vient du fond de son ventre, du creux de son coeur, une crainte viscérale qui perce depuis les tréfonds et la tétanise. Avec la douceur d'une plume, elle dépose un regard affolé sur Toby, sa main libre fermement enroulée autour de l'urne. Daisy, elle a peur de tout foirer. Elle a peur de jeter mollement des cendres au sol, de les voir revenir lui fouetter le visage, de perdre la poésie de l'instant, la beauté de l'instantané.
Et puis, c'est l'heure. Le soleil s'élève majestueusement au-dessus de la ligne d'horizon et les couleurs sont saisissantes. Dee n'est pas du matin. Elle en a vu des tas, de couchers de soleil mais les levers sont plus rares. Peut-être moins sublimes aux yeux aguerris mais devant ses prunelles néophytes, la nature lui donne envie de tomber à genoux. Elle n'en fait rien, retenant son souffle, lèvres entrouvertes et main jointe à la sienne, celle du pilier qui l'accompagne depuis tant d'années. "Tu peux le faire avec moi ? S'il te plaît..." Elle a la voix enrouée des sanglots qu'elle retient difficilement, rétines brillantes d'un chagrin qui devrait être tari, depuis les années mais n'a jamais réussi à se consoler. Parce que si papa est mort récemment, il était pourtant parti depuis longtemps, laissant à sa fille unique le soin d'entamer un deuil qui n'a finalement ni début, ni fin, mais de nombreux regrets.

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light of my fire, fire of my loins.


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MessageSujet: Re: (toby) let it all go.   Sam 3 Juin 2017 - 12:58

remember that one time you said
I had a funny way of turning your hands into coffins,
how it was my fault you always ended up holding dead things?
especially when that thing was me?


Si ça ne tenait qu'à lui, il serait déjà allé griller une clope sur le paysage depuis longtemps. Jeter son mégot à l'horizon jusqu'à ce que l'océan entier ne s'embrase. Peut-être même qu'il ne serait jamais allé se coucher. Il savait dès le départ que ça allait être douloureux. L'insomniaque s'accommode mal de la compagnie. A la rigueur, peut-être que le repos aurait été de la partie si le bus avait résonné en une joyeuse cacophonie de bourdonnements humains qui aurait saturé son ouïe. Raison même pour laquelle, à Hoxie, Toby avait toujours tendance à mieux dormir sur le canapé, la fenêtre à guillotine ouverte sur les engueulades nocturnes à la sortie du diner, les traits baignés par la lueur rosâtre des néons devant leurs carreaux. Il aurait préféré une symphonie – mais c'est le bus calme, putain. Choisi pour lui, il n'est pas dupe, alors que Dee aurait sans doute préféré n'importe quel autre destrier à celui-là. Non pas qu'elle soit foutue de l'admettre un jour, "car Gandhi ou peut-être Shakespeare, enfin un type sage a dit un jour que les bonnes actions doivent être silencieuses, Tobs". Il n'a jamais eu le courage de lui dire que nan, sorry kiddo, c'est l'évangile selon Matthieu. Mais ouais, c'est le bus calme le Rooster, et il n'y a que ce connard ronflant pour interrompre le silence. Dans la tranquillité somnolente ambiante, il est bien trop facile d'accorder son oreille à eux. Rye, sur la couchette du bas, la respiration lourde, quasi cérémonielle. De l'autre côté de l'allée centrale, les murmures de Daisy, le délicat relâchement de l'oxygène avec lequel, durant la journée, elle se gonfle les poumons comme elle le faisait, gamine, avec l'hélium des ballons pour leur chanter le peu qu'elle connaissait de l'hymne national. Toby a trop lu pour ne pas voir, dans leur top bunks respectifs, la putain de métaphore du gouffre entre eux. Si ça ne tenait que lui, il aurait abandonné l'oreiller depuis longtemps, serait allé voir ce que raconte la nuit dans cet état médiocre, bas de gamme, pas franchement plus idyllique que le trou à rat poussiéreux qu'ils ont laissé derrière eux. Mais, face à ses valises sous les yeux, il y a Ryder et son regard inquiet, Daisy et ses doigts papillons qui virevoltent contre ses tempes, comme si elle espérait y trouver la vérité qu'il cache derrière ses "j'vais bien" mécaniques. Face à lui, il y a le souci, étouffant de bienveillance. Aussi, pour les soulager eux plus que lui-même, Toby s'acharne. Tente tant bien que mal de se réconcilier avec un sommeil dont, de toute façon, il n'a jamais voulu l'étreinte.

Puisque un paquet d'années de cohabitation l'ont rendu mélomane, Toby remarque immédiatement l'instant où, dans la partition du silence, Daisy arrête de jouer. Il l'entend se retourner, hésiter, inspirer, penser, aimer, décider, descendre. Et puis : "Tobs ?" Sa poitrine se déchire.
Non.
Jamais de la vie.
On ne l'y reprendra plus. Si elle croit qu'elle peut venir se réfugier contre lui car elle a froid, car elle a peur, car elle n'arrive pas à dormir, ou car un courant d'air imaginaire agite sa couchette, elle a tort. Il feint le sommeil, tout en sachant qu'elle le connaît trop pour y croire – tant mieux. Qu'elle sache, qu'elle comprenne, qu'il n'a pas de place pour elle, qu'il n'en a plus. Qu'il en a marre d'avoir mal et, d'entre tous ses maux, elle est la seule souffrance qu'il peut s'épargner. Alors non.
Les résolutions cruelles sont faciles tant que Daisy est un concept, une notion vague quelque part sur sa droite. Il suffit qu'il se retourne sous l'impulsion de la plainte physique, une paume sur son épaule, qu'il croise son regard, pour savoir que ce n'est pas sa décision. Ça ne l'a jamais été. Il suffit à Daisy d'ordonner, même implicitement, même inconsciemment, pour qu'il obéisse, pour qu'il ouvre les bras, pour qu'il soit prêt à se battre, à la maintenir à l'abri. Même de ses cauchemars. Même d'un putain de courant d'air. Vingt piges que ça dure. Toby, il est bon à rien, pas même à abandonner les mauvaises habitudes. Alors, quand elle dit qu'elle a besoin de le faire, Toby ne se pose pas de questions. Il se redresse, descend, enfile un jean et sa peau de mec solide, quitte le bus. Ses doigts se resserrent autour de ceux de Daisy qui lui répondent au triple et, putain, ils s'agrippent tellement fort au familier qu'entre leurs paumes, on pourrait créer des diamants. Il jette des regards à droite et à gauche, Cerbère de son orpheline. La plage est déserte. Il a envie d'appeler sa mère. Il a envie de faire grimper Daisy sur son dos, comme lorsqu'ils étaient gosses, et courir avec elle  jusqu'à l'année prochaine, la décennie suivante, s'y précipiter désespérément pour forcer le temps à gommer la peine du visage enfantin, puisque personne d'autre n'y est jamais parvenu.  

Ils attendent face aux vagues, en silence. S'il sait que Daisy s'obstine à voir la poésie du moment, Toby n'y perçoit que le misérabilisme. Un tas de cendres et un océan vicié. Tu parles d'un repos éternel. Y a rien de spirituel là-dedans, juste un coin de réalité, décevant et inerte – jusqu'à ce que la voix de Dee se brise sous le coup du deuil. Elle demande de l'aide et, instinctivement, sans que le cérébral en donne l'ordre, les bras de Toby s'abattent autour d'elle, l'encerclent, l'enserrent, il veut absorber sa douleur, littéralement, et fuck everything, fuck logic, il essaie. Il la serre jusqu'à s'imprimer l'empreinte du sac à dos, qu'elle tient serré contre elle, dans la poitrine, un tas de cendre entre deux brasiers et putain, de loin, de toutes, c'est la métaphore qu'il exècre le plus. Ses doigts, qui ont trouvé leur chemin sans concertation jusqu'au crâne de Dee, retombent doucement. Toby se démêle d'elle sans oser croiser son regard. Il se tourne vers le lever de soleil, cette ligne d'horizon dans laquelle il a tant envie de se jeter. Enfonce les poings dans les poches de son jeans. "Requiem æternam dona eis Domine," ce sont ses premiers mots et ils sont rauques, graveleux, solennels, une chandelle et une tronçonneuse, "et lux perpetua luceat eis. Requiescant in pace." Dee n'a jamais été pieuse et, pourtant, il le fait pour elle. C'est son offrande au mort – un peu de dignité. Donner un ersatz de gloire millénaire à une fin qui en a été vide. À une vie qui l'a peu frôlée. "Amen." Il lève les yeux vers Dee, croise son regard de granit tacheté où ondoie la seule flotte vraiment sacrée. Il le soutient, comme pour lui dire maintenant, comme pour lui dire qu'il est là, qu'elle n'a plus grand chose mais qu'elle l'a lui et que, bordel, quand il prie, il prie toujours pour que cela soit suffisant, parce que ça doit l'être, pas vrai, parce quel choix leur reste-t-il ? Les yeux lourds de Toby glissent – question de gravité plus que de volonté – vers le sac à dos. Un tas de cendres. Tout ce qu'il reste de cet homme qui a pris tant de place. Il essaie de comprendre, Tobs, il essaie. N'y parvient pas. Il ne saura jamais comment un homme qui a su occuper l'existence de sa fille, du sol au plafond, peut tenir dans une boîte. Peut-être qu'il aurait dû se recroqueviller plus souvent, de son vivant. Peut-être que, ainsi, Dee aurait pu trouver un peu d'oxygène en dehors de celui que son corps malade avait préalablement filtré. Un tas de cendres. Ça lui glace le sang. Non pas qu'il l'avouerait jamais à Dee. Les flammes, lui répètent des années de catéchisme, c'est le lot des pêcheurs. Un sort destiné aux sorcières et aux coupables, aux tentateurs et aux tentés, aux pyromanes et aux noyés. Le sort qu'il aurait voulu adresser au sien, de paternel, mais que monsieur Donovan ne méritait pas. Celui que Toby se réserve à lui-même. Il ne fume pas pour le plaisir, Toby, pas même pour le goût de la destruction. Il fume pour le présage, et chaque taffe, depuis la première, depuis l'originelle, est son memento mori.

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some days i'm
van gogh’s starry night
other days i'm
his suicide letter.

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